Paris(Reuters) - Des élus de gauche et de droite ont réclamé vendredi la réintégration de Frédéric Minvielle dans sa nationalité française, dont il a été privé pour avoir épousé un homme aux Pays-Bas, où le mariage homosexuel est légal.
Au ministère des Affaires étrangères, on précise que cette réintégration sera automatique si le chef d'entreprise trentenaire vivant à Amsterdam la demande à partir de mars 2009.
C'est à cette date que sera effective la dénonciation par Paris d'une partie de la Convention de Strasbourg régissant la double nationalité, relative au mariage.
"Dès le début de cette affaire, la solution existait", a-t-on ajouté de source diplomatique, soulignant que cette possibilité avait été mentionnée à Frédéric Minvielle dans le courrier l'informant qu'il perdait sa nationalité, en décembre 2007.
On lui avait alors demandé de rendre son passeport et sa carte d'identité et il avait été rayé des listes électorales consulaires.
Dans Le Parisien, Frédéric Minvielle explique vendredi être prêt à aller en justice devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir le droit d'avoir la double nationalité à l'instar des hétérosexuels français ayant épousé un ou une Néerlandaise.
"C'est comme si j'étais dans la peau d'un immigré sans papier", ajoute celui qui s'est marié en 2003 et a obtenu la nationalité néerlandaise en août 2006 au terme de trois ans de cours du soir pour avoir le niveau de langue requis.
Pour Jean-Luc Romero, ancien membre de l'UMP et militant de la cause homosexuelle, cette affaire montre une nouvelle fois que les homosexuels ne sont pas des citoyens à part entière en France.
"Je ne pense pas qu'il y ait une volonté malveillante de qui que ce soit mais cela prouve à quel point les lois sont discriminatoires en France", a déclaré à Reuters le conseiller général d'Ile-de-France.
Elu en 2004 sous l'étiquette UMP, il n'a pas repris sa carte en 2008 pour protester contre l'investiture, lors des municipales, de Christian Vanneste, seul député français condamné pour homophobie.
Au sein de la majorité actuelle, "il y a un noyau un peu dur rêvant de conservatisme à l'américaine qui parle fort. Les autres, comme Roselyne Bachelot, Fadela Amara et Nadine Morano, sont marginalisées ou préfèrent zapper", a-t-il déploré.
Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée, estime que l'affaire Minvielle plaide en faveur de l'instauration du mariage gay en France, "une mesure qui symboliserait une République moderne garante de l'égalité entre tous les citoyens quelque soit leur orientation sexuelle et leurs choix matrimoniaux".
Dans un communiqué, le porte-parole des Verts, Jean-Louis Roumégas, dénonce une décision de l'administration française "clairement homophobe et humiliante." Il appelle à la vigilance et à la mobilisation lors de la Journée contre l'homophobie, le 17 mai prochain.
Laure Bretton